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Du haut de la dernière pierre, la vue sur Siwa est panoramique. Le désert au loin, les montagnes, l'immense lac salé, les palmiers et les jardins, des immeubles et des maison à mes pieds.
Les rues sont le domaine des hommes. Des enfants conduisent des charettes (caretta) tirées par des ânes et à l'arrière, les femmes, entièrement recouvertes de leur fouta. Après le mariage, une femme ne doit sortir qu'après avoir revêtu ce grand tissu bleu brodé et cache son visage sous un voile noir. Chez elle, elle se découvre. Les maisons sont souvent spatieuses et avec une cour intérieure. Un monde parallèle à celui de la vie extérieure qu'elles intégrent petites filles, quand elles apprenent de leur mère les gestes qui feront d'elles de bonnes épouses. Les mariages se font souvent au sein de la même famille, entre cousins. Il y a d'après Mohammed, seulement onze familles à Siwa."
Un canadien passionné a rassemblé des objets traditionnels siwis dans une maison. Le musée occupe quatre pièces et le tour est vite fait. Ici, les traditions sont très importantes et différentes du reste de l'Egypte. Le siwis sont d'abord des nomades venus du désert et ils ont leur propre culture. La langue est différente et bien que l'arabe égyptien y est compris les gens ne parlent que le siwi entre eux.
Voilà à quoi ressemble une fouta. Les femmes ne doivent pas être à la vue des autres hommes siwis que leur mari, leur père et leurs frères.
Par peur de manque de respect, je n'ai pas photographié de femmes la portant. En effet, dans la famille chez qui nous étions, les femmes m'avaient interdit de les prendre en photo ou alors, il aurait fallut demander l'autorisation du père et s'habiller en conséquence. Je sais que certaines font plus de manières que d'autres... mais je suis ici mal à l'aise. Je n'ai pas envie de ressembler à ces touristes qui reviennent du désert le ventre à l'air en mini short et le rire haut perché. Que va devenir Siwa, ses habitants, ses traditions et sa culture ?
L'artisanat destiné aux touristes, prend une place importante dans la vie des femmes. Mais pas de poterie ! Ici c'est vannerie, broderies, couture... De nombreux magasins "Hand craft" ouvrent leurs portes sur la grande place de Siwa.
Première nuit à Siwa à la belle étoile. Arès avoir posé les sacs à l'hôtel Cléopatra, Mohammed que nous avons rencontré à la sortie du bus et qui parle français nous propose un thé puis nous parle d'un endroit dans le désert où il a construit une petite maison pour les touristes et un bassin pour la source qui alimente son jardin. Il veut nous y emmener. Pourquoi pas aujourd'hui ? Nous préférons marcher plutôt que d'attendre le pick up de son ami : ça nous fera découvrir le coin et bien envie de se dégourdir les jambes. Mais nous ne pensions pas que la route était si longue ! Mohammed nous fait contourner les jardins par le désert pour éviter les serpents. Deux heures bientôt que nous marchons, la lune s'est levée, énorme et toute ronde : elle éclaire les dunes. Il suffit de lever la tête pour apercevoir rapidement une étoile filante. On se croirait dans un conte fantastique.
Enfin nous arrivons. Des touristes coréens sont installés dans la petite maison pour la nuit. L'heure tourne. Il est plus de minuit et la voiture qui devait venir nous chercher n'est toujours pas là. Pas moyen de joindre l'ami en question et impossible de refaire la route en sens inverse maintenant, surtout sans Mohammed... On est "condamnés" à dormir à la belle !
Mohammed a appris à parler français avec un couple français de Siwa. Il travaille avec les touristes depuis qu'il a 14 ans et il a beaucoup d'énergie et d'idées.
A Siwa, les sources sont nombreuses et permettent la culture d'immenses jardins. Départ à 4 heures du matin pour aller travailler avant que le soleil ne soit trop haut.
Presque une heure de trajet en charette pour se rendre au jardin. L'âne se repose et nous bêchons, desherbons, nettoyons ...
Je suis préposée au thé !
(extrait du carnet de bord)
"Chez le forgeron. Il y a là un vieil homme d'une soixantaine d'années et qui s'interesse beaucoup à la France.
- Est ce vrai qu'en France, on peut avoir un ami avant le mariage?
- Oui, oui, c'est possible.
- Incroyable ! Ici, on te tuerait. Et puis, un homme peut bien avoir plusieurs femmes s'il veut. Le Coran en autorise quatre.
- Ah non ! En France, c'est un homme avec une femme seulement. On peut arrêter un mariage et faire un autre mais deux femmes en même temps, c'est pas possible.
- QUOI ? ? Mais pourquoi ? T'es sûre ?
- Oui, en France, c'est comme ça ! Combien t'en as de femmes toi ?
- Deux. Une de 36 ans et une de 31. Mais si je veux, je peux aussi prendre une troisième. Toi par exemple !
- Impossible, je suis bien trop jeune !
- Trop jeune ? Ici, dès qu'une fille peut faire des enfants, elle se marie. C'est vers 16-17 ans. Avant, ça ne va pas pour faire des enfants.
- En France, on peut se marier à 25-30 ans ou même pas du tout si on veut.
- Ici, une femme de 30 ans a au moins déjà 6 enfants ! dit-il en riant
- Et toi, combien as-tu d'enfants avec tes deux femmes ?
- Combien d'enfants ? Beaucoup ! Peut être 12 ou 13.
- Et si une femme veut avoir un autre homme, elle peut ?
Il me regarde offusqué et passe son pouce sur sa gorge avant d'éclater de rire."