Jeudi 20 juillet 2006
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15:19
Je retrouve Sahaar que j'avais rencontré avec la Baleine il y a trois ans. Elle s'est mariée en été 2003 et habite maintenant un petit village pas loin de Tounes. Son frère, Ramadan, et Mahmoud le potier m'accompagnent chez elle. Elle habite une maison en brique où les voisines défilent pour remplir de gros bidons au robinet.
Je retrouve la même Sahaar joyeuse et inquiète de tout. Elle me sert dans ses bras et m'emmène tout de suite voir les voisines qui déjà connaissent mon nom. Et puis on tue une poule et on prépare trois fois trop à manger pour fêter les retrouvailles. Je suis un peu génée de tout ça mais tellement contente de la revoir ! Elle promet de venir bientôt à Tounes chez sa mère, Om Ramadan où je vais tous les jours pour voir ses belles soeurs, neveux et nièces (nombreux!).

Sahaar c'est son nom sur les papiers mais beaucoup à Tounes l'appelle Reisa. Dans son nouveau village c'est "Om Ameini" (la mère d'Ameini). En effet, depuis que je l'ai quitté, Sahaar a eu une petite fille et attend son deuxième enfant. En Egypte, quand une femme devient mère, elle se fait appeler par le nom de son premier fils ou fille si elle n'a pas de garçon.
Sahaar est venue à Tounes et on partage un repas tous ensemble. Pour une fois, tout le monde mange en même temps. Je sens qu'ils ont fait un effort pour moi qui m'étonne toujours de voir les femmes manger dans la cuisine les restes des convives et des hommes ayant pris leur repas dans le salon. Mais ici, je suis passée du salon à la cuisine (!) : je me sens chez moi.

Om Ramadan est la mère de Sahaar. Elle habite une maison derrière chez Evelyne avec son mari Chaaben et ses deux belles filles qui ont leur maison juste à côté. Gelan est la femme de Ramadan, le fils aîné. Il est revenu à Tounes pour un mois avant de repartir travailler en Arabie Saoudite. Mona est la femme de Mohammed qui lui aussi travaille en Arabie Saoudite. Ils sont nombreux à partir de Tounes pour espèrer gagner un peu plus là bas. Ils continuent à travailler la terre mais les paysans saoudiens sont mieux payés.
Entre mes mains, la grande galette de pain devient un pitoyable amas de pâte... "Jamais tu ne pourras te marier si tu ne sais pas faire du pain !" plaisantent Mona et Gelan en insistant pour que je réessaye. Ici, le pain se dit "Eich", ce qui veut dire "la vie".
Dimanche, c'est jour du souk à Chawachna. Départ à 7 heures avec Mona et Ramadan (Jehan est enceinte et trop mal en point pour porter d'énormes sacs).
(extrait du carnet de bord)
"Plusieurs voitures sont déjà pleines. Mais on s'entasse. Non, c'est pas possible, il ne va pas rentrer celui là...mais si ! Le vieux s'accroche à la voiture et c'est reparti à coup de klaxons. Les amortisseurs sont morts, la répartition des poids n'est pas du tout équilibré et la voiture penche dangereusement vers le bas côté. J'ai une chèvre sous la jupe et des pigeons dans les mains. On vendra les pigeons pour faire un peu d'argent en arrivant.
...
J'ai un foulard dans les cheveux et une jupe longue, histoire de me méler un peu à la foule, mais ça n'y fait pas grand chose. On s'étonne de ma présence, on s'inquiète pour mon sac. Les femmes n'en n'ont pas, elles cachent leur argent sous leur galabeya (robe).
...
A même le sol, les gens se sont installés sur des sacs en toile par spécialités : melons, pastèques, tomates, équipements de cuisine... On achète quatre énormes choux après les avoir durement négocié. Les sacs en toile se remplissent peu à peu de kilos de tomates, piments, melons jaunes (appelés ananas)...ça pèse une tonne ! Mona en porte un sur la tête. Il est à peine 9 heures et déjà le soleil brille fort, la chaleur augmente et on sue à grosse goutte.
...
Nous rapprochons les sacs peu à peu de la route. Tout est chargé sur le toît d'un pick up et on s'entasse dans la voiture avec poussins, chèvres et provisions. A chaque bosse je ferme les yeux et suis soulagée d'arriver. Après le souk, c'est cuisine toute la journée !"
Je suis invitée à manger chez la famille d'Hussein. La petite Yasmine (sur la photo) est devant la maison et pleure à chaudes larmes. Elle m'explique qu'elle est triste parce que son père est parti en Arabie Saoudite. Je la croiserai ensuite souvent dans le village jouant à la marelle et avec les autres enfants.
Après le repas, les filles de la famille font leur apparition et alors que je commence à partir, Hussein insiste : "Elles veulent te parler". Je m'asseois devant elles et s'ensuit un silence géné. Elles me questionnent sur mon âge, pourquoi ne suis-je pas mariée ... La mère de Yasmine (la deuxième à droite) est à peine plus âgée que moi !